Maurice Daubard - Le Yogi des Extrêmes
   




Pour le Téléthon 2000, Maurice Daubard reste dans la glace pendant 30 minutes sous contrôle médical

 


TÉMOIGNAGES


France Auriol (septembre 2015)

Durant tout l'été, j'ai suivi Maurice Daubard, le célèbre enfant du pays maintenant âgé de plus de 85 ans surnommé aussi le 'Yogi des Extrêmes'. Ce n'est pas ma première expérience avec Maurice puisque j'ai coordonné et animé la soirée du 18 octobre dernier où le yogi du froid (son autre surnom) s'est plongé en état léthargique devant plusieurs centaines de personnes à la salle des fêtes de Moulins.

Essoufflée, je l'étais presque, tandis que lui enchaînait ses 4 semaines de stage d'été où il enseigne le yoga et le Toumo, une discipline tirée des enseignements tibétains.

Puis, dans la foulée, le matin même du départ des derniers stagiaires, nous sommes partis à Zinal dans le Valais Suisse où se tient le congrès annuel de l'Union Européenne de Yoga.
290 participants venus de toute l'Europe ont suivi durant 5 jours les enseignements de 30 professeurs internationaux.
Maurice Daubard faisait figure d'honneur dans ce collège de professeurs aux côtés d'autres grands noms du yoga tels que Jacques Vigne et François Lorin pour ne citer qu'eux.
La notoriété de Maurice en Europe est telle que 80 participants se massaient tous les matins à 6h45 au départ du téléphérique les menant à 2400 m d'altitude. Besoin de se surpasser et écoute d'un enseignement exceptionnel, chacun trouvait sa motivation pour affronter la fraîcheur alpestre (3°C) en petite tenue, alors qu'une dizaine d'autres enseignants professaient à la même heure dans diverses salles du joli village de Zinal. La renommée européenne de nôtre célèbre bourbonnais s'est encore renforcée durant ce congrès.

Pas le temps de souffler, retour de Zinal et 3 jours plus tard, départ pour les Sables d'Olonne où Maurice figure parmi les 18 intervenants du Festival de Yoga du Monde- pour un monde meilleur. Durant 3 jours Maurice a animé 4 interventions.

Ce qui interpelle lorsqu'on vit aux côtés de Maurice, c'est le bien être que ressentent les gens à écouter ses paroles. Sa vie est un roman rempli d'une multitude d'expériences hors du commun et insolites. La force, la sagesse et l'envie de vivre qui se dégagent à l’orée de ses 86 ans amènent les gens à croire en eux. Je dirai qu'il me fait penser, pour faire référence à mon ancien métier de pharmacienne à une vitamine, c'est à dire un catalyseur de la vie.

Plaidoyer pour une harmonie de vie telle est son approche. Le yoga (travail de la colonne vertébral - respiration et orientation vers une pensée positive) tel est son outil.
 

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Sandrine, 22 ans


J'ai rencontré Maurice Daubard en 1993 après l'annonce de ma séropositivité, dans un état d'esprit assez contradictoire entre ma curiosité d'une part, mais aussi une grande méfiance à son égard et un manque de foi assez évident dans les thérapies marginales.

Mais en désespoir de cause, car livrée à des médecins visiblement de bonne foi, mais totalement dépassés par l'ampleur de l'épidémie, et donc trop occupés pour prendre le temps de considérer l'individu versus patient je me suis présentée chez Maurice, ayant par ailleurs entendu parler de son travail sur le froid avec d'autres séropositifs.

Très progressivement, je me suis engagé dans un travail de thermorégulation, et plus généralement de sport en plein air. Conjointement, l'amitié de Maurice, l'écoute de sa propre expérience de maladie, m'ont aidé à accepter l'innaceptable. Son enseignement essentiel est de ne jamais se résigner à un diagnostic médical, mais d'être soi-même pleinement acteur de sa santé. Il m'a appris à me battre contre moi-même, à me dépasser physiquement, et surtout moralement. Peu importe la forme que ce travail sur soi peut prendre : casser la glace pour se baigner dans une eau glacée, escalader des montagnes, etc... l'important est surtout de ne rien attendre passivement des autres (en l'occurence une potion magique médicale), mais de forcer son organisme à se prendre lui-même en charge contre la maladie.

C'est un message très simple, mais qu'aucun des médecins que j'ai rencontré jusqu'à présent n'a su communiquer.

Maurice m'a enseigné cette chose essentielle de manière quasi intuitive, grâce à son sens aigu de l'être humain et sa grande générosité. C'est la raison pour laquelle après avoir été dans un premier temps assez réticente devant le folklore yogique, et bien que n'ayant pas moi-même la foi au sens religieux du terme, je lui voue aujourd'hui un grand respect et plus simplement une belle amitié.

Cette prise de conscience vitale m'a radicalement fait grandir et quoiqu'il arrive, je lui serai toujours profondement reconnaissante".
 

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Monsieur Fernand JORDAN, qui êtes-vous ?

Je suis né en 1927. Je suis d’origine paysanne de montagne (Alpes, Valais Suisse). Depuis ma plus tendre enfance, je skie. À 19 ans, j’étais vice-champion suisse par équipe et j’ai côtoyé toute ma vie l’élite du ski. En 1972, je suis expert jeunesse et sports ainsi que formateur de moniteurs à Macollien. En 1966, j’obtiens mon brevet de professeur de ski alpin, puis en 1978, celui de professeur de ski nordique.

Notre école de ski des Giettes est donc polyvalente. Je pratiquais l’alpinisme, la traversée des Alpes Bavaroises et Valaisannes avec ses sommets majestueux n’ont pas beaucoup de secrets pour moi. J’ai arrêté la compétition à 36 ans. Pendant 20 ans, j’ai été le président du ski club DAVIAZ, nous avons eu des titres de champion de Suisse; j’ai été responsable de l’association du Valais Club de ski organisation jeunesse nordique. J’ai formé ainsi plus de 300 compétiteurs.

Monsieur JORDAN, avec votre épouse Madame Madeleine JORDAN et votre fils Bernard JORDAN, vous dirigez le centre sportif « Les Giettes ». Maurice Daubard vient dans votre centre depuis 1976 travailler le Yoga avec ses élèves et le Toumo depuis 1980. Comment avez-vous rencontré cet homme ?

Je l’ai rencontré avec Madame Madeleine SCHNEIDER, elle était organisatrice et lui était formateur de futurs enseignants de la Suisse Allemande (tous ont été reçus professeurs de la F.S.Y.). Ils pratiquaient un Yoga très mystique. Cela ne correspondait pas à mes idées, mais j’estime que chacun fait ce dont il a besoin pour son corps et son mental et que chacun a le droit d’avoir ses convictions. Je trouve que le Yoga va bien avec Les Giettes, avec la grandeur de la montagne, la beauté de la nature, la majesté de la forêt et la discrétion des animaux sauvages. Ce que j’apprécie le plus dans les cours de Maurice, ce sont le sérieux et respect des différences.

Un soir, vers 22 heures, 2 swamis récitent leurs prières et moi, je pense : « Quel courage il ont, de venir dans un autre pays et affirmer leurs convictions religieuses et leur coutumes sociales ! ». Dans ses cours, il y avait des médecins psychiatres, des chirurgiens, des curés, des pasteurs, des grands pontes de l’industrie, un astrologue de Marseille, un suédois qui avait lancé le ski suédois dont j’avais lu les exploits et qui avait déjà 84 ans, des ouvriers, des balayeurs de rue, des handicapés physiques ou mentaux. Tous ces gens étaient en communication étroite entre eux. J’étais surpris du mélange de ces différences de société. Il arrivait à les unir dans le Yoga, technique venue des Indes, donc du bout du monde. J’observais tout, je ne pouvais m’exprimer avec Maurice car j’étais trop étonné et ignorant du Yoga. J’étais fort impressionné par ses cours.

Je peux dire que j’ai vraiment rencontré Maurice DAUBARD le jour où il a tenu à venir avec moi et des amis en randonnée. J’étais très surpris de le voir arriver pieds nus   Pendant tout le parcours, j'ai été très inquiet pour lui. J’avais peur qu’il ne se coupe les pieds ou qu’il se fasse piquer par une vipère noire des montagnes dans les hautes herbes. 2500 mètres, grands éboulis de cailloux traversé à deux reprises, petit glacier crevassé puis pâturage (commune de Mex), en tout 8 heures de trajet pieds nus, les souliers sur l’épaule. Je lui ai demandé plusieurs fois de les mettre, il répondait qu’il avait l’habitude. Cela me faisait penser au Tibet où ces hommes vivent de rien. Je voyais Maurice sorti des hautes montagnes himalayennes. J’ignorais tout à l’époque du Toumo et de sa discipline. Rien de fâcheux n’est arrivé heureusement ! Ce qu’il y a d’amusant, c’est qu’à la fin de cette journée, Maurice DAUBARD a découvert le vin blanc ! Il ne buvait jamais de vin ou autre alcool, mais je lui ai dit que c’était un affront de refuser de trinquer ! Depuis, il affectionne le vin blanc suisse appelé «FENDANT ».

Voilà comment nous avons commencé à nous connaître.

Puis, un jour, je lui ai proposé que nous fassions ensemble des stages en hiver : lui, Yoga, moi ski de fond, ma femme, l’hôtellerie. Cela fut une première dans le fait d’associer ski et Yoga, ce fut très concluant. Nous avons travaillé ensemble chaque hiver pendant 30 ans.

Quand Maurice est arrivé chez nous en 1976, il ignorait tout du ski et de la haute montagne. Il a appris et s’est intégré très vite, cela m’a beaucoup surpris. Les premières leçons de skis furent très difficiles : bris de fixation, bris de ski, bris de bâton. Il suffisait que je tourne les yeux, une « lubie » le prenait, et il partait tout schuss, tout droit face à lui avec 50 % de pente. Un arrêt aurait été impossible par virage. Il se terminait donc toujours par une culbute. Habillé en blanc, il se confondait au blanc de la neige, puis il fallait rentrer au chalet pour changer les skis.

Pendant son apprentissage du ski, il entraînait et formait beaucoup de gens (même passé 70 ans) qui n’auraient jamais connu la montagne ou le ski. Par son éducation morale, il développe le physique des gens, car souvent les stagiaires présentaient des problèmes psychiques, mentaux et nerveux. Après deux ou trois jours, les gens repartaient complètement décontractés et heureux de vivre. Je suis certain et j’affirme qu’avec sa méthode spirituelle et morale, il a sauvé plus d’un être humain qui était voué au suicide.

Pendant cette phase limitée aux promenades en été et ski nordique en hiver, j’étais impressionné par le nombre de participants à son cours (ils venaient même d’Amérique, du Brésil etc…).

Maurice aimant la montagne et cotoyant les rigueurs de l’hiver (-25°) depuis 1956, il a commencé à lancer le Toumo en 1980 chez nous. Je ne comprenais pas que les citadins s’intéressent et arrivent à suivre ces séances au froid. Nous, gens de la montagne habitués à ces froids, nous ne savons pas tenir nu dans la neige.

Ces cours sont toujours trés intensifs. Maurice DAUBARD est très exigeant avec lui-même et avec les autres. Il s’adapte à toutes les situations, c’est un être très social, très sûr de lui et c’est cette force qui donne confiance dès le premier contact. C’est un homme de coordination et d’apaisement.

Quelques anecdotes : un jour, je montais des Cerniers (-15°), brouillard très épais, plus l’humidité qui gelait les extrémités rapidement, soudain devant moi, un homme quasiment nu et pieds nus descend dans la trace du téléski. Je croyais rêver, lui m’a croisé avec le sourire (pas une seule gelure, pas un seul ennui). Alors je fus bouleversé dans ma mentalité de montagnard et réfléchis très profondément sur la relation entre le mental et le froid. Ce fut un enseignement pour moi.

Un jour, il m’a dit : je vais monter au sommet du mont de Valrette (2050 mètres), c’était l’hiver avec mon groupe, nous passerons une nuit dehors en altitude. Je n’osais pas refuser, mais je ne pouvais pas prendre le risque avec plus de 40 personnes à –20°. Alors, je lui suggérais de faire d’abord l’essai lui-même, je lui proposais de partir avec deux moniteurs, il m’a répondu qu’il partirait après 8 heures le soir et reviendrait le lendemain matin !

Donc deux moniteurs préparent une tente canadienne, des lampes frontales. A 21 heures, départ. Arrivés vers 24 heures vers la croix surplombant le sommet, installation du bivouac. Vers 1 heure, violente tempête, vent de plus de 100 km/h. L’abri est précaire, il fallut se cramponner. Il y a un risque d’être emporté. Le froid était intense et il y avait un bruit terrible. Les deux moniteurs ne fermèrent pas l’œil de la nuit. Maurice a bien dormi et bien ronflé ! ! le matin, il fallut faire un trou pour sortir de la tente qui était enfoncée dans la neige. Le froid était toujours aussi glacial. Les trois compères redescendirent de Valrette et Maurice alla faire ses cours comme si de rien n’était. Mais il renonça à son idée.

J'ai beaucoup d'admiration pour sa sagesse. Ici, il est appelé "le gourou de la montagne", il est légendaire au bas Valais, il est aussi connu sous le prénom seul de Maurice. Si au début, il n'était pas pris au sérieux par les autochtones, maintenant, il impressionne beaucoup. Il est respecté.

Pour moi, c'est un homme extraordinaire d'avoir si vite assimilé la montagne, la vie sauvage et les rigueurs du froid de nos contrées.

Si dans tous les pays alpins où le tourisme se développe à grande vitesse, ou bien dans les pays riverains de mers froides, on avait été conscient et que l'on ait étudié médicalement les réactions de l'espèce humaine par rapport aux rigueurs du froid, je suis certain que des centaines de vies humaines auraient été sauvées. Maurice a une vie saine, nourriture saine, il est non fumeur, il ne boit pas d'alcool sauf dans la fraternité après l'effort. Il a le respect de la nourriture (j'ai beaucoup appris moi-même à son contact sur la santé et l'alimentation). Dans les discussions, il me parlait de sa jeunesse, tuberculeux, coiffeur, le voir maintenant tel qu'il est m'épate, c'est un homme robuste et sain malgré son âge. Beaucoup de jeunes hommes peuvent l'envier au point de vue moral, sentimental et physique. Maurice pourrait donner des cours sur la vie saine et équilibrée aux parents, au corps médical, aux éducateurs de sport etc… Notre société est, hélas, réfractaire aux gens simples qui amènent des solutions justes, expérimentées longuement. Cet homme sera compris après sa mort, car c'est un homme idéaliste plutôt qu'un homme d'affaires.

C'est un grand bonhomme qui ne soigne pas les maladies, mais fait de la prévention. C'est un Ami. Maintenant, il fait parti de ma famille, de ma région et mon vœu est que ses mérites, que sa participation active pour une société meilleure de corps et d'esprit soient honorée. J'espère le voir le plus longtemps possible.

J'aime l'écriture et la poésie, il y a quelques années, j'avais composé ce poème pour lui :

 

 
 

HONNEUR AU SPORT
 

Compagnon du cirque blanc

Pourquoi aimes-tu la neige blanche ?

Pour sortir des ténèbres profondes

Où se morfond notre vieux monde

Où tout est lugubre, hostile et noir.

Compagnon du cirque blanc

Qu'apprécies-tu le plus souvent ?

De profiter de la nature entière

De cette neige immaculée, cette noble matière

Et par mon cœur, mes jambes et mes mains

Chaussé de mes skis, mon esprit vibre et sonne

Mon corps se transforme, se grise et se façonne

J'œuvre pour une cause qui lie l'esprit humain

Compagnon du cirque banc

Pourquoi tant d'énergie ?

Pour oublier les tourments de la vie

Et respecter un corps qui doit être libre et enclin

A fuir le monde qui a perdu les dimensions

Qui s'avilit dans les richesses, en créant les tensions

J'œuvre pour l'équilibre originel, pour en retarder le déclin

Et jouir d'une vie, dans la justice naturelle.

Fernand JORDAN

 

"A mon ami Maurice DAUBARD, souvenirs de montagnards, pour ses expériences sur le froid. Je lui dédie ce poème. Ce fut sa vie et son existence".
 

 
 

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  Daniel GUERBOIS, le 30 Novembre 1995

Recordman de course à pied (record de l´heure des non-voyants)
Président de l´association Handisport Allier / Conseiller à la municipalité de Moulins

 Qu’est-ce que Handisport Allier" ?

Handisport veut dire sport pour les personnes handicapés physiques, les aveugles, les paraplégiques, les tétraplégiques etc…

Avez-vous une salle pour pratiquer les sports en hiver, une salle de musculation ?

Non, nous n’avons aucun équipement. Nous pratiquons le basket et le torball au palais des sports ou au terrain des sports.

L’athlétisme se pratique dehors en toute saison. Le torball est le football traduit pour les aveugles. C’est un jeu avec un ballon sonore sur un terrain de 16 mètres sur 7 ; dans le milieu, il y a 3 cordes et 3 tapis de chaque côté ; il faut marquer des buts. Le ballon doit passer sous les cordes, autrement, s’il touche, il y a coup franc ; au bout de 3, il y a penalty. C’est plutôt un jeu d’orientation et d’adresse que de force physique.

Maurice DAUBARD s’est mis dans la glace pour nous faire avoir des fonds. Nous manquons surtout de fauteuils de sport ; les gars sont prêts, mais nous n’avons pas les fauteuils pour participer aux compétitions. Et puis, nous rêvons d’avoir un tandem supplémentaire, car je fais du tandem et d’autres aveugles veulent aussi en faire. Nous pourrions vivre tant de choses ensemble, mais un tandem coûte très cher. Les gars n’en ont pas les moyens. Pratiquer le tandem pour un aveugle procure des sensations enivrantes. Par n’importe quel temps, nous pratiquons l’athlétisme dehors.

Donc, notre problème n’est pas vraiment un manque de salle. C’est un manque d’équipement. Nous recevons très peu d’aides, alors dès que nous voulons faire quelque chose, nous avons besoin de matériel spécialisé très coûteux.

Et plus les personnes handicapées physiques prendront conscience qu’elles peuvent faire énormément de choses malgré leur handicap, plus il faudra que nous soyons équipés et que nous disposions de finances pour organiser ces activités. Ampleur en hommes, ampleur en matériel et en moyens financiers.

Quand et comment avez-vous rencontré Maurice DAUBARD ? Qui est-il pour vous ?

Je l’ai rencontré le lundi 16 octobre 1967 à 10h00 ; j’étais aux Charmettes à Yzeure, près de Moulins (03), institut pour jeunes aveugles (maintenant c’est un institut médical et professionnel). Maurice DAUBARD avait vu à la télévision « Les coulisses de l’exploit » des aveugles qui faisaient du sport. C’était le genre de chose qui le passionnait.

Alors il s’est dit : « puisqu’il y a une école pour les aveugles à Moulins, je vais aller apprendre à nager aux élèves ». Maurice DAUBARD est maître sauveteur nageur et secouriste. Quand il a vu le directeur et qu’il lui a expliqué ce qu’il voulait nous apprendre, le directeur lui a répondu que s’il réussissait à avoir un élève sachant nager à la fin de l’année, ce serait déjà pas mal «Vous aurez alors une sacrée victoire ! » avait-il dit.

Tous les lundis (son jour de repos étant coiffeur) de 10h à 11h, nous avions natation. Il nous parlait du sport, de la vie, de tout. A l’institut, nous étions 35 en tout, mais les gars devaient avoir plus de 16 ans pour venir au groupe de Maurice DAUBARD, donc nous n’étions que 16 présents.

Au premier contact, Maurice DAUBARD nous a dit « Vous saurez tous nager ». Je me suis dit : « Enfin quelqu’un qui a compris et qui va nous aider ». On sentait tout de suite, au son de sa voix, qu’il se passait quelque chose, alors que le directeur nous prenait pour des bons à rien ou du moins nous faisait ressentir cela, cet homme-là croyait en nous.

« Je veux vous amener à la piscine ; vous nagerez, vous plongerez, vous traverserez le bassin comme tout le monde ». Nous étions éberlués. Nous ne faisions pas de sport à l’institut car, soi-disant, il ne fallait pas que les handicapés fassent du sport. De toute façon, ce n’était pas facile pour nous. A notre cécité ou quasi cécité, s’ajoutaient parfois des handicaps physiques ou des troubles mentaux. Vous voyez, ce n’était ni simple, ni facile, ni pour lui, ni pour nous.

En outre, à l’époque, les éducateurs n’avaient peut-être pas les moyens pédagogiques pour nous enseigner le sport. Ce n’était pas non plus dans l’état d’esprit. Pire encore, cela ne devait pas se faire.

Nous avions été conquis par son langage direct et volontaire, et nous avons adoré le sport. Il a dit : « Commençons tout de suite. Nous allons faire des mouvements sur un banc ». Ce qui fut fait trois lundis de suite. Au quatrième lundi, il a emmené les 16 jeunes à la piscine de Vichy dans trois voitures, celle d’une employée à lui, celle de l’Abbé PETIT (ce prête qui chante) et la sienne, nous étions serrés comme des sardines. C’est lui qui payait les entrées à la piscine, le directeur ne s’est jamais soucié de cela. Monsieur DAUBARD était bénévole, et il devait prendre en charge tout le côté matériel de son enseignement. Il offrait ses idées, son temps et devait, en plus, trouver les moyens.

Les gendarmes nous ont arrêtés plusieurs fois, car nous étions en surcharge. Un jour, Maurice DAUBARD s’est énervé face à eux qui voulaient l’empêcher de faire son œuvre. Il a enfoncé, d’un coup, le képi de l’un d’entre eux en lui criant : « Moi je prends des risques et vous, qu’est-ce que vous faites ? Alors laissez-moi passer ! » Cela a marché, nous sommes passés.

Le directeur de l’institut n’a rien interdit à Monsieur DAUBARD pour des raisons de sécurité ou autres et ça, c’est vraiment bien.

Nous étions fortement impressionnés d’aller dans l’eau d’une piscine pour la première fois de notre vie. Pendant le trajet, nous devions être blancs, verts, jaunes… Nous avions vraiment très peur, mais moi je me disais « Il nous a dit que nous pouvions le faire, donc nous n’avons pas le droit d’échouer ». Il ne m’était jamais arrivé auparavant d’aller dans une rivière, un lac, la mer ou une piscine. Je n’avais aucune expérience.

Quand nous sommes allés à la piscine, nous étions séparés en deux groupes, les mal-voyants et les non-voyants, dont je fais partie. Le premier groupe guidait le second. Il nous a demandé de faire à la lettre tout ce qu’il dirait, il insistait  « Faites comme je dis, ne vous occupez de rien d’autre, c’est ma voix qui commande, c’est elle qu’il faut écouter ». Vous parlez si nous l’écoutions ! !

Au bord du bassin, nous devions être chouettes à voir ! Il nous a fait descendre dans l’eau. Il nous a fait faire ce qu’il appelait la tortue, le tronc d’arbre, c’est à dire qu’il nous a appris à flotter, il a su tout de suite nous expliquer quoi faire avec un langage clair, imagé et adapté aux non-voyants. Mais surtout tout de suite, il a su nous faire le portrait de la piscine, il nous a tout décrit. C’était une piscine couverte. Il a donné les dimensions du bassin, la distance à laquelle nous étions. Il nous a expliqué les plots. C’était cela le plus important pour nous car nous avions alors l’image en nous. Puis, nous avons commencé à faire les mouvements. Certains ont peiné, mais d’autres non. Au bout d’une demi-heure, il y avait 4 ou 5 non-voyants qui traversaient la piscine carrément.

Quand nous sommes rentrés, Maurice DAUBARD l’a dit au directeur qui n’a peut-être pas bien compris le fait, mais pour nous, il y avait victoire, il avait gagné. De toute façon, nous étions prêts à tout, car cet homme croyait en nous et c’était le premier ! Il nous aurait dit : il faut rester une heure au fond de l’eau, nous y serions restés ! Nous le suivions à fond. La tonalité de sa voix nous portait. Il était sûr de lui, nous sentions qu’il n’y avait pas de problème alors nous foncions. Nous y avions intérêt, car nous avions peur qu’il nous laisse tomber ; pour une fois que quelqu’un nous faisait confiance, nous ne voulions pas le décevoir. Nous nous disions : soit il est fou, soit il est formidable et nous le trouvions formidable.

Il disait : « Nous ferons autre chose : du plongeon, de la course à pied, par exemple… ». Alors nous rêvions. Notre vie devenait passionnante. Et puis, ce qui s’est passé d’important aussi, c’est que ceux qui ont su nager dès le premier jour ont entraîné et encouragé ceux qui avaient des difficultés. Nous nous sommes tous épaulés. Plus tard, une fois rentrés, les seize se sont concertés. Nous avons été chez le directeur et nous avons dit que « nous voulions les autres ». Les 35 pensionnaires devaient venir à la piscine même les plus jeunes, c’est à dire les 15-16 ans qui avaient été empêché par la direction. Ce fut accordé.

Pendant le cours, Maurice DAUBARD avait l’œil partout. Nous avons toujours été en sécurité. Dans toute circonstance, il ne déstabilisait jamais ; quand il s’occupait de l’un, il observait aussi les autres etc… Il mettait une telle force, une telle conviction que nous ne pouvions échouer.

Un an après en 1968, un non-voyant qui s’appelait GUIBOT ne savait toujours pas nager ; il ne savait même pas flotter. En juin, Maurice DAUBARD nous a fait passer des diplômes de 100 ou 50 mètres à la piscine de Moulins. Ce gars était au bord de la piscine, il attendait et d’un coup, il a appelé « Mr DAUBARD ! ! » Il criait fort et plusieurs fois. L’abbé PETIT lui a demandé ce qu’il voulait, il répondit « Je veux le voir tout de suite ». Il était très énervé. L’abbé PETIT alla chercher Mr DAUBARD. Il s’adressa alors à Maurice « Mr DAUBARD, je veux nager ». « Oui, bon d’accord, tu vas y aller ». Il savait que ce garçon ne nageait pas du tout, mais il lui a fait confiance. « Ecoute, tu vas te mettre sur le plot et à trois, tu sautes dans l’eau et tu traverses ». L’autre l’a fait et il a traversé la piscine ! ! L’abbé PETIT répétait « C’est un miracle ! ! ». Mr DAUBARD lui hurlait comme un fou pour stimuler la volonté du gars. Il criait « Avance, montre-nous ce que tu as dans les tripes, que t’es pas un dégonflé ».

La méthode DAUBARD est, dirons-nous, du style viril ! C’est le style commando. Il ne nous maternait pas, loin de là. Il ne nous protégeait absolument pas. Il estimait que nous étions comme tout le monde et que c’est la volonté qui compte. Et le gars a réussi. Cela n’a pas été facile ! Ce n’était pas miraculeux, c’était le résultat mérité d’un combat. Ce gars y avait mis tout ce qu’il avait dans le ventre.

C’était un vrai travail de commando qui nous était demandé, mais pour nous, c’était une sécurité. Nous avons tous su nager ; nous avons ensuite tous appris à plonger. Après, il nous a dit « je vais vous apprendre à courir ». Il y avait un éducateur spécialisé pour les handicapés visuels, qui avait proposé de courir en nous mettant des grelots aux bras pour que nous nous entendions. Maurice DAUBARD a répondu qu’il n’emmenait pas un troupeau de moutons. Il a dit « Non il faut qu’ils courent comme tout le monde ». Alors nous nous sommes mis les uns derrière les autres à un mètre de distance. Chacun suivait les gestes de celui qui était devant. Nous ne devions pas nous occuper de celui qui était derrière. Cela a marché du premier coup. Aucun n’est tombé. Nous avons couru dans les jardins des Charmettes en passant au travers de passages étroits, dans des virages raides etc… Nous courrions ! Il nous stimulait de la voix, sa détermination faisait que nous ne pouvions pas tomber. Maurice DAUBARD avait peur de mal faire et nous, nous voulions faire bien. Quand DAUBARD est arrivé, nous ne savions pas qu’il était coiffeur, nous croyions qu’il était éducateur hyper-spécialisé ! Nous pensions que c’était un nouveau style d’éducateur, les éducateurs spécialisés de notre institut ont bien sûr été un peu jaloux et c’est normal, car eux, s’occupaient de nous toute l’année et DAUBARD ne passait que quelques heures le lundi, mais nous parlions tout le temps de lui. Nous attendions tous les lundis comme un cadeau extraordinaire.

Nous allions au stade, nous faisions des courses, des relais, du saut en hauteur, en longueur. Il nous avait même emmené dans un grand trou au bout du stade. Au fond, il y avait des cailloux et il nous apprenait à tomber dedans. Il nous disait « Imaginez que dans un train, en allant aux toilettes, vous vous tromper de porte ! » Il avait une grande imagination et c’est par ce côté là de sa personnalité que l’on voyait qu’il s’était mis tout à fait à notre place et qu’il voulait nous donner tous les outils nécessaires à notre autonomie.

Il disait « si vous tombez lourdauds, vous êtes foutus. Il faut apprendre à tomber de façon automatique, avoir le réflexe adapté à la chute ». Notre réponse fut « Oui mais comment ? » Alors il nous a fait descendre dans ce trou, il nous a fait toucher, explorer. Puis, nous sommes remontés au bord. Il nous a fait mettre en boule en disant « Je ne veux rien savoir d’autre, à trois, il faut y aller. Vous roulez en boule jusqu’en bas, le plus rond et décontracté possible ». Nous l’avons fait et nous ne nous sommes jamais fait mal. Nous savions tomber et en cas de coup dur, de chute brutale par la suite, cela nous a sauvé maintes fois.. Cela nous donnait de l’assurance aussi, car quand nous marchons dans la rue, il peut y avoir n’importe quoi en manque (tranchée de travaux) ou en trop (objet) qui nous fasse chuter.

Alors, vous voyez toutes ces choses ont éduqué notre personnalité en même temps que notre corps. Nous avons pris confiance en nous. Nous avons découvert une certaine fierté aussi et surtout nous avons constaté que l’imagination et le courage pouvaient nous permettre de vivre aussi bien que les voyants, être aussi heureux. Il nous apprenait sur tous les plans, à se tenir en société, car comme nous ne voyons pas, nous ne savons pas comme nous sommes différents dans notre comportement. De plus, le fait de vivre entre nous, gens handicapés, fait que nous sommes habitués à nos manies. Alors, quand nous sortions, nous étions remarqués et repoussés, parfois craints. Il nous apprenait à manger. Quand il venait au réfectoire, il disait « Vous mangez salement, il faut faire comme ça ! » et il nous corrigeait. Il imaginait des solutions.

Les éducateurs se sentaient de plus en plus mal, car cela c’était leur rôle. Les Charmettes étaient spécialisées dans l’éducation des aveugles. Il nous apprenait à nous habiller seul, à nous laver, à nous coiffer etc… C’est lui qui nous a tout appris, pas eux.

Nous avons même jouer au football. Il mettait toute l’équipe des aveugles des Charmettes d’un côté, et il faisait venir des gars de l’Etoile Moulinoise de l’autre côté (vraie équipe de football voyants). C’était folklorique ! Il était l’arbitre et je reconnais qu’il était un peu partial dans ce cas là. Il nous emmenait courir à travers champs et bois. Nous, nous percevons des ondes que les voyants ne sentent pas. Il nous apprenait à nous repérer, la nuit, le jour… Les dimanches, nous faisions des promenades en forêts, il nous perdait volontairement. Il nous avait appris l’orientation au soleil, la mousse des arbres etc…

Au début, il ne venait qu’une heure le lundi puis il venait le soir après son travail pour discuter au dortoir, il venait manger au réfectoire parfois. Alors il y eu petit à petit de plus en plus de jalousie avec la Direction et les éducateurs.

Au bout d’un an et demi, il l’ont viré et c’est là que ça a failli mal se terminer. Les gars n’ont pas compris. Il n’ont pas admis que l’on fasse partir cet homme qu’ils aimaient et qui les aidaient autant ! Pour nous c’était le bon Dieu, c’était la bouée de sauvetage, il nous disait « il faut travailler à l’école, il faut travailler à l’atelier, faites votre boulot, ne vous occupez pas des discours des adultes et soyez simpas avec les éducateurs ! ».

Il nous avait tout expliqué. Certains disaient que l’école pour eux ne servait à rien. Il répondait « Non, il ne faut pas penser comme cela ! ». Nous l’écoutions et travaillions bien. D’ailleurs, nous avions tendance à obéir plutôt à Mr DAUBARD qu’aux éducateurs. Il n’avait pas « la même optique ». Puis, il a été chassé. Alors un soir un gars au dortoir m’a dit « ce soir, on se sauve tous ». Il avait une boîte d’allumettes. Je lui ai dit « Mais tu ne vas pas faire cela ». Il a répondu « Si comme cela je vengerai DAUBARD, parce que ce sont des salauds ».

Je lui ai pris sa boîte d’allumettes. Il l’aurait fait. Nous avons protesté face à la Direction. Alors, Mr DAUBARD est revenu quelques fois, puis ça a été terminé. Les trois quarts des élèves sont aussi partis.

Moi, j’ai eu de la chance, en juin 1969 (nous avions des vacances scolaires comme les voyants) Maurice DAUBARD m’avait appelé et m’avait dit « En aout viens avec moi chez l’abbé            SIMON pour plonger du rocher de la Galère, tu vas demander à ta famille ». J’y suis allé, j’ai fait des plongeons avec l’abbé SIMON. C’était fantastique ! avec Mr DAUBARD et l’abbé nous avons fait des « trucs » extraordinaires.

Un jour, il m’a proposé de travailler dans son salon de coiffure, pour être le shampouineur. Je suis venu et j’ai vécu des années avec lui dans sa famille. Les gens ne voulaient pas d’un aveugle dans le salon. Je logeais dans une cabine car ni Mr DAUBARD, ni moi n’avions les moyens de louer un logement.

Mes parents, ma mère surtout, étaient un peu inquiets. Mais moi, je leur répondais « c’est ma vie, je ne peux pas louper ça ». Ma mère était venue aux Charmettes et ici pour le voir. Lui me faisait confiance alors nous lui avons fait confiance, ma famille et moi.

La préfecture des Yvelines, parce que j’étais de Mantes La Jolie, à côté de Versaille, ne comprenait pas. La Préfecture disait que faire des shampooings n’était pas reconnu. Il a fallu expliquer tout ce que je faisais dans cet atelier et cela a marché. J’ai arrêté la coiffure en même temps que Mr DAUBARD a arrêté son salon en 1977. Il l’a changé en salle de Yoga. Moi, je voulais rester avec lui, c’était ce qui comptait le plus, nous avons eu des moments extraordinaires ! Nous avons rigolé de bons coups ! Je suis sûr que si je lui avais demandé d’aller ailleurs, il aurait tout fait pour que l’on organise ça, mais moi, je voulais rester avec lui.

A présent, je n’ai pas de profession spécifique, je m’occupe de Handisport et je suis conseiller à la municipalité de Moulins pour les personnes handicapées. Je les aide à trouver un logement, du travail en fonction de leurs possibilités. Je fais des démarches pour leur faire obtenir des allocations etc… c’est passionnant.

Il m’avait dit voilà des années « Tu verras, tu feras des tas de choses passionnantes ». Il avait encore une fois raison. Il faut le suivre, il faut l’écouter, c’est fantastique. J’ai eu la chance de le rencontrer. Au début, je ne voulais pas aller manger dans un restaurant. J’avais peur d’être maladroit. Il m’a tout expliqué et nous y sommes allés.

Autrefois, la mentalité n’était pas d’éduquer les aveugles pour qu’ils vivent à 100 %. On leur disait de « s’asseoir sur une chaise et de ne plus bouger ». On leur donnait une chaise à rempailler, puis une pièce de trois francs, et on leur disait « voilà, tu as bien gagné, tu es dans un atelier protégé, ne bouge plus, tu es nourri, logé, de quoi te plains-tu ? ». Le métier que l’on nous apprenait était le rempaillage de chaises, la vannerie. C’était bien pour certains, c’est un fait, mais ce n’était pas un vrai métier. Nous étions assis du matin au soir. D’une certaine façon, à 20 ans, nous attendions la mort, ce n’était pas la vie !»

Au salon de Mr DAUBARD, tous les jours, il se passait quelque chose et j’étais au milieu des gens. J’écoutais tout et je pouvais m’exprimer normalement. Au début les gens ne savaient pas comment faire pour communiquer avec moi et moi non plus. Encore une fois, c’est lui qui a tout arrangé. Il a fait le trait d’union entre le monde de l’aveugle et le monde du valide. Il leur disait « Vous savez, il n’y voit rien, mais il est comme vous ». Petit à petit les liens se sont tissés entre les clients et moi.

J’ai eu la chance de rencontrer Maurice DAUBARD. Il m’a fait rencontrer l’abbé SIMION qui fut le second homme capital de mon évolution. Il m’a fait rencontrer Monsieur MIMOUN. Il m’a appris à faire du sport, des marathons. Au début, je ne voulais pas courir avec les autres, je ne courrais qu’avec lui. Il m’a dit « Il faut que tu cours avec les autres, c’est toi qui doit leur dire que faire ! ». J’ai répété tout ce qu’il m’avait dit et cela a marché. J’ai couru des marathons comme tout le monde.

J’ai une confiance absolue en Maurice DAUBARD, je sais que si je l’appelle, il se mettra en quatre pour m’aider. D’ailleurs, vous avez vu c’est pour cela qu’il a fait le cube de glace le 14 janvier 1995.

Par contre, il ne faut pas vouloir le décourager. Quand il a pris Alain chez lui, tout le monde l’a critiqué violemment. Mais DAUBARD ne veut rien entendre dans ces cas-là. Il suit son idée. DAUBARD l’avait surnommé pied d’alu et moi, œil de Lynx. Nous avons vécu des aventures extraordinaires ensemble. Le dimanche, nous partions courir tous les trois, Alain venait dans son fauteuil roulant, et je vous assure que nous rigolions bien ! Maurice, Alain et moi en short chacun dans son style, courrions dans les rues de la ville, et Alain saluait tout le monde de son langage particulier, c’était vraiment cocasse.

C’était très difficile de le suivre. C’était vraiment dur, mais si vous le suiviez vraiment à fond et bien vous étiez sûr de réussir, handicap ou pas, Maurice DAUBARD pense que l’on peut se réaliser et être autonome, actif à 100 %. Sa technique et son contact sont rudes, c’est certain, mais cela vous forge le tempérament.

Si nous suivons bien tout ce qu’il dit, la réussite et le bonheur sont au rendez-vous. L’euphorie de la victoire est fabuleuse. Quand nous avions réussi des plongeons par exemple, nous étions heureux, libérés. La vie nous paraissait merveilleuse. Quand nous avions couru des kilomètres, sans tomber, c’était une victoire, ça vaut le coup !

Je me suis marié en 1974. J’ai eu un fils de ce mariage et sa mère nous a quitté, quand il avait 6 mois. C’est moi qui l’ai gardé et élevé. C’est DAUBARD qui m’a donné tous les conseils. Il m’a dit, tu vas aller voir tel avocat, il faut faire ceci et cela. Tu vas pouvoir t’en occuper. Il m’a soutenu moralement. Il savait quand il fallait être dur, intransigeant, il savait quand il devait être chaleureux. Il n'a fait aucune erreur par rapport à moi et cela va faire 30 ans que nous nous connaissons. Il a toujours su longtemps à l’avance ce qui allait se passer, ce que je pouvais faire etc…

Il faut être franc et reconnaissant avec ceux qui le méritent. Une personne qui vous aide, qui vous prend dans sa famille, qui vous donne de l’argent, un métier, qui vous apprend tout ce qu’il sait pour vous rendre heureux et autonome, cette personne là mérite le respect et la reconnaissance.
 

 
 

 

 
 

 

 
     


M.D. © 2007